INTERVIEW DU MINISTRE YACOUBA OUÉDRAOGO in SIDWAYA

100 000 FCFA par mois pour récompenser les meilleurs joueurs                     

altLe ministre des Sports, Yacouba Ouédraogo, partage les points de vue de ceux qui pensent que le championnat national de football a un niveau inacceptable. Pour l’améliorer, le colonel a un médicament qu’il compte injecter dans les 16 clubs de l’élite du Burkina. Pour cette saison sportive, le ministère des sports, en collaboration avec la FBF, va payer mensuellement les 25 meilleurs joueurs issus de 16 clubs du Burkina en raison de 100 000 FCFA par mois. Objectif de cette décision, rehausser le niveau du championnat mais aussi maintenir les joueurs pour éviter qu’ils désertent très tôt le championnat domestique. Le budget du ministère, qui passe à 7 milliards, les rapports entre journalistes sportifs et le ministre des Sports, et aussi entre les fédérations ont été les points saillants de cette interview.
 
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Sidwaya (S.) : Cela fait trois ans que vous êtes à la tête du ministère des Sports et des loisirs ; comment se porte votre département actuellement ?
 
Yacouba Ouédraogo (Y.O.) : Le sport en général ces trois dernières années se porte très bien. Dès notre arrivée, nous avons travaillé à ce que tous les sportifs aient confiance en eux- mêmes, que le peuple burkinabé ait confiance en leurs sportifs. On a travaillé à renforcer la cohésion nationale, car nous sommes venus au moment ou le pays traversait une mutinerie. Aujourd’hui, le bilan est positif car nous avons pu aplanir les divergences entre les supporters et les sportifs. Cela est visible à travers les medias, du fait que vous n’entendez et ne lisez plus des déclarations de guerre entre les supporters et les différents camps. altAu contraire, tout le monde a compris qu’il faut travailler ensemble pour aider le sport. Dès la 2ème année de notre prise de fonction, nous avons pu amener notre pays, pour la première fois, à une finale d’une CAN. Nous pouvons dire aussi que les locaux, pour la 1ère fois, depuis près d’une décennie, ont remporté le trophée de la coupe UEMOA. Au niveau des cyclistes, pour la 3ème année consécutive, nous avons conservé le maillot jaune au niveau du tour du Faso. Au niveau du basket-ball, le Burkina a participé pour la 1ère fois à une CAN Afrobasket. Dans les autres disciplines, comme le karaté, dans la sous région, on peut beaucoup compter sur cette discipline, car nous avons remporté beaucoup de médailles.
 
 
 
S. : Comment se porte votre ministère en terme de moyens financiers et de quel budget annuel de fonctionnement disposez-vous ?
 
altY.O : Notre budget annuel est de 3 milliards pour toutes les disciplines y compris les compétitions nationales et internationales. Avec cette somme, nous avons toujours des problèmes à faire participer nos équipes aux différentes compétitions. Cette somme ne nous permet pas de procéder à la remise des grandes subventions à nos clubs. Mais grâce aux soutiens du président du Faso, du chef du gouvernement, nous avons pu avoir en 2014, une enveloppe de 7 milliards qui vont s’ajouter à notre budget afin que nous puissions mettre les moyens financiers à la disposition des sportifs. Nous sommes en train de voir comment prendre en charge les salaires des 25 joueurs des 16 clubs. Cela pour relever le niveau du football burkinabé. Vous avez certainement mesuré le niveau réel de notre championnat au CHAN en Afrique du Sud. Si aujourd’hui la Libye a pris le trophée c’est par ce qu’elle a un championnat de haut niveau ou les meilleurs joueurs restent dans leurs pays et ne partent pas monnayer leurs talents ailleurs. altAlors que chez nous, quand un joueur commence à briller, il part automatiquement au Mali, en Guinée, en Côte d’Ivoire et cela pour un salaire de 500 000 F CFA ou 1 000 000 F CFA, ce qui n’est pas le cas au Burkina. Nous allons prendre en charge les salaires en raison de 100 000 FCFA par mois pour 25 joueurs des 16 clubs qui vont constituer le championnat de D1. Cela va amener les joueurs à rester dans leur pays. Aussi, nous interpellons les joueurs à travailler pour faire partie de ceux que nous allons choisir comme étant les meilleurs afin de bénéficier des 100 000 F CFA mensuels. Ensuite, ces derniers doivent se battre encore pour être parmi les 18 meilleurs joueurs qui vont bénéficier des primes. Ajouter aux participations financières des clubs, cela relèvera le niveau du football burkinabé. Ainsi notre football répondra aux exigences de la CAF en se transformant en championnat professionnel. Je peux vous assurer que notre championnat connaîtra une révolution qui va beaucoup être attirant, efficace et d’un niveau impeccable.
 
 
S. : A quelle période les Burkinabé pourront observer l’effectivité des salaires et des primes pour les joueurs qui seront retenus ?
 
Y.O : Nous attendons que les finances nous débloquent la somme afin que nous puissions rencontrer la FBF et cela sera opérationnel dans les trois mois à venir.
 
S. : Les Etalons seniors ont impressionné le monde sportif en se classant 2e à la CAN 2013 en Afrique du Sud. Maintenant que la fièvre festive est retombée complètement, dites-nous objectivement qu’est-ce qui a pu expliquer ces bonnes performances des Etalons en Afrique du Sud ?
 
Y.O : Avant d’aller à la CAN 2013 en Afrique du Sud, nous avons d’abord assaini le milieu sportif avec les supporters. Ces derniers avaient un seul regard pour notre football. Nous avons eu la chance d’avoir un entraîneur de grande renommée qui se nomme Paul Put qui continue de faire ses preuves. Avant de déposer ses baluchons au Burkina, il a fait un travail extraordinaire en Belgique. Aujourd’hui, il a encore inculqué aux joueurs burkinabé, un esprit de guerrier, patriotique.
 
S. : Contrairement à l’équipe A, les Etalons locaux ont échoué lamentablement en Afrique du Sud. Dites- nous pourquoi les Etalons locaux ont fait profil bas ?
 
altY.O : Notre championnat a un bas niveau, à l’image des autres championnats africains. Mis à part quelques pays qui ont les moyens comme l’Egypte, le Ghana, la Libye qui payent bien leurs joueurs locaux. Si les Etalons locaux ont été auteurs d’une mauvaise prestation, c’est que l’équipe, qui a remporté le trophée de l’UEMOA à Abidjan, a été affaiblie par le départ de quatre défenseurs titulaires. Mais avec l’apport de Paul Put au niveau des préparations, on a limité les dégâts. D’autres failles des Etalons, c’était aussi le manque de confiance sinon, on a mis les moyens financiers qu’il fallait. Ils ont bénéficié de plusieurs conditions favorables.
 
S. : Vous venez de reconnaître les efforts de Paul Put en ignorant ceux fournis par l’entraîneur titulaire, Brama Traoré. Est-ce que votre attitude n’est pas une des raisons qui a pu démotiver Brama Traoré dans ses classements ?
 
Y.O : Je pense qu’il ne faut pas chercher des poux sur une tête rasée. Paul Put est allé juste en renfort. Paul Put n’a rien changé. N’oubliez pas que Brama Traoré est adjoint de Paul Put en équipe nationale A. Ils s’entendent bien, donc je justifie les défaites par un manque de défenseurs et aussi les buteurs péchaient.
 
S. : Les matchs du championnat n’emballent plus les supporters et c’est dans des stades vides que les équipes livrent leurs matchs ; que faut-il faire pour réhausser le niveau de notre championnat national ?
 
altY.O : Comme je vous le dis, le football a besoin des moyens financiers. Pour que le championnat soit attrayant, il faut qu’on ait des grands clubs. Pour avoir des grands clubs, il faut avoir des grands joueurs. Pour avoir des grands joueurs, il faut avoir de l’argent pour les retenir dans les clubs. C’est pour cela que le ministère des Sports et les autres acteurs travaillent à maintenir ces joueurs dans leurs clubs en leur octroyant un salaire de 100 000 F CFA et vous verrez que dans les années à venir, notre football sera attrayant et les stades seront toujours pleins et nous auront des grands joueurs.
 
S. : Le Burkina enregistre plusieurs fédérations sportives ; dites-nous combien chaque fédération gagne par année en terme de soutiens financiers de la part de votre ministère ?
 
Y.O : Au niveau de la répartition, tout dépend de la mobilisation de chaque discipline. Nous n’allons pas donner le même budget du football à la fédération de Rugby.
C’est cela qui nous amène à faire la clé de répartition. Je dois dire qu’au niveau de la direction générale des sports, tout est mis en œuvre pour que chaque fédération ait quelque chose en fonction de nombre de licenciés, le nombre de clubs et aussi l’engouement suscité par la discipline.
 

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S. : Certaines personnalités sportives vous reprochent d’être un ministre du football et pas des sports. Ont-ils raison ?
 
Y.O : Je peux vous dire que je n’ai jamais entendu parler de cette qualification. Je me suis toujours occupé de toutes les disciplines et c’est pour cela que j’ai toujours répondu que je ne suis pas un ministre de football mais un ministre des sports et cela j’ai pu les démontrer et tous le présidents des fédérations pourront y témoigner. J’ai participé à presque tous les championnats de toutes les fédérations même la pétanque et le scrabble, donc ce qualificatif ne m’appartient pas.
 
 
S. : Vous êtes à la tête du ministère des Sports il y a de cela trois ans. Vous sentez-vous toujours apte à arpenter les différents stades ?
 
Y.O : Je suis dans un milieu passionnel, mais c’est une mission qui m’a été assignée. Je suis colonel de l’armée. On m’a confié une mission, donc il ne m’appartient pas de dire si je suis fatigué ou je peux continuer. C’est au chef de l’Etat de dire si l’élément peut continuer la mission ou pas.
 
S. : Les Burkinabé seront contents de savoir combien le pays a dépensé tout au long du séjour des Etalons et les dirigeants en Afrique du Sud pour la CAN 2013 et le CHAN 2014 ?
 
altY.O : A chaque fois que les Etalons se déplacent, nous avons toujours fait un bilan financier. Je vous rappelle que je suis l’un des ministres des Sports à avoir fait un bilan financier en 2012 après le retour des Etalons à la CAN Gabon-Guinée Equatoriale. En son temps, nous avions dépensé 1 milliard 500 000FCFA, mais c’est compte tenu du fait qu’effectivement après les débâcles, les uns et les autres voulaient savoir combien on a dépensé. C’est presque le même montant que nous avons dépensé en Afrique du Sud. Lorsque les Etalons sont rentrés auréolés de la place de vice-champion, nous n’avons pas eu à nous expliquer mais nous le faisons pour nous conformer aux normes financières. Je suis étonné qu’aucun journaliste ne nous a parlé du bilan financier quand nous sommes rentrés de l’Afrique du Sud tout dernièrement. Au contraire, les uns et les autres disaient que si on peut donner 10 milliards au ministère, ça sera une bonne chose. Sachez que le sport en général coûte très cher. Rien que le transport cela coûte 200 millions. Les primes des matchs sont aussi chères.
 
 
S. : Quels sont vos rapports avec les différentes fédérations et les journalistes sportifs ?
 
altY.O : Avec les différentes fédérations, nos relations sont au beau fixe. Il faut dire que nous avons des rapports et des débats francs. Nous leur disons ce que nous pouvons faire et ce que nous ne pouvons pas faire.
 
Aujourd’hui je m’entends bien avec les différentes fédérations. Dans le sport, il faut collaborer franchement. Avec les journalistes sportifs, je vous dirai la même chose.
Depuis que je suis là, à chaque sortie il y a au moins une vingtaine de journalistes sportifs qui suivent pour couvrir l’évènement. Au dernier CHAN, le Burkina était le 2ème pays à avoir plus de journalistes au CHAN. J’ai toujours dit que les journalistes sportifs doivent être objectifs dans leur travail. Quand quelque chose ne va pas, il faut avoir le courage de le relever. Mais quand ça va aussi, il faut le dire. Mais aussi je dirai que les journalistes sportifs sont aussi à l’image de notre sport. J’allais dire à l’image de la population. Nous sommes un pays en voie de développement. C’est ainsi qu’il y a des plaintes et des droits de réponse. Le journaliste doit écrire exactement ce que le dirigeant ou le joueur a dit, mais il ne doit pas interpréter. Car ce n’est pas son rôle d’interpréter mais de dire exactement ce qui se passe. Je me rappelle qu’un de vos confrères a écrit en disant que le ministère des Sports a utilisé l’argent de l’USSU-BF pour battre campagne aux élections législatives alors que le ministre lui-même n’était même pas candidat. Ce dernier n’est pas venu à la source. Néanmoins, certains ont des analyses tranchantes qui nous amènent à nous corriger afin que le sport national puisse prendre son envol. Notre rôle est de travailler pour que le pays se développe.
 
S. : Le fait que certains journalistes soient invités par le ministre des Sports dans les voyages , n’est – il pas aussi une forme de corruption qui empêche ces derniers à vous dire la vérité de peur de se faire taxer d’ingrat ou de perdre certains avantages ?
 
Y.O : Votre question m’amène à vous dire que vous avez une idée arrêtée. En tant que journaliste, quelle que soit la situation, même si c’est le ministre qui vous a invité, vous devez écrire ce qui se passe réellement. Il y a des journalistes qui étaient du voyage que je ne connais même pas.
 
S. : Justement, faire voyager un journaliste sans le connaître est-ce que vous ne cherchez pas à attirer la sympathie des journalistes et éviter qu’ils vous critiquent ?
 
Y.O : Pas de favoritisme. Un de vos confrères a écrit pour dire que c’est du favoritisme alors qu’il y avait un journaliste de sa rédaction en Afrique du Sud. Au delà de ce que vous dites, il y a d’abord les relations entre les journalistes qu’il faut revoir. C’est ça qui est important. Nous les avons envoyés pour qu’ils parlent du football et pas parler du ministre et autres. Nous voulons que la population vive les moments forts du football. J’ai constaté qu’entre journalistes ça ne va pas. Celui qui a fait les critiques voyageait, mais il ne disait rien. Nous avons des sorties tournantes pour les journalistes.
 
S. : Pourquoi ne pas envoyer trois invitations officiellement à chaque organe au lieu de favoriser ceux qui se réclament amis du ministre Yacouba Ouédraogo ?
 
altY.O : Dans toute action, il y a des critiques. Nous prendrons en compte les critiques des uns et des autres et nous allons faire en sorte qu’effectivement les prochaines sorties, nous allions adresser des invitations aux organes qui désigneront eux-mêmes leurs journalistes. C’est ce que nous faisons depuis longtemps.
 
Mais au delà des journalistes officiels, il y a des invités du ministre et du président de la FBF que nous prenons en compte aussi. L’un dans l’autre, il y a des journalistes qui étaient en Afrique du Sud sur invitation du président de la FBF. Je m’entends vraiment avec les journalistes sportifs et nous sommes prêts à continuer la collaboration pour le développement du football.
 
 
Interview réalisée par:
Jean-Victor Ouédraogo et Achille Ouédraogo 
Photos: DCPM/MSL